Lettre ouverte - La santé buccodentaire des Québécois
Ordre des dentistes du Québec
 
Le 15 février 2018

La santé buccodentaire des Québécois :
plus qu’une question de coût

La semaine dernière, l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques a publié une étude sur la hausse des dépenses liées aux soins dentaires au Québec. Au-delà des chiffres, cette étude vient surtout mettre en lumière la situation préoccupante de la santé buccodentaire des Québécoises et des Québécois.

La santé buccodentaire se situe très loin dans les priorités gouvernementales, et ce, depuis des années, avec les conséquences qui en découlent. Les familles québécoises sont laissées à elles-mêmes. Or, les dentistes ne sont pas à blâmer. Les gouvernements qui se sont succédé se sont déresponsabilisés à l’égard de la santé buccodentaire. Résultat : on en est venus à croire que la santé de la bouche est secondaire et sans lien avec la santé générale, et que les maladies de la bouche et des dents ne méritent pas d’attention, puisqu’elles ne sont pas couvertes par le régime public d’assurance maladie.

Les problèmes sont nombreux. Selon la Direction de santé publique, les enfants québécois ont de 40 % à 50 % plus de caries que les autres enfants nord-américains du même âge. Par ailleurs, trois adultes québécois sur quatre ayant au moins une dent naturelle en bouche souffrent de maladies parodontales, et plus de la moitié de leurs dents ont déjà été cariées. De plus, le taux d’édentation complète de la population québécoise figure parmi les plus élevés au Canada. En 2008-2009, 24 % des Québécois de 45 ans et plus étaient complètement édentés, alors que 13 % des autres Canadiens l’étaient.

Dans les hôpitaux, il arrive régulièrement que la mauvaise santé de la bouche d’un patient l’empêche de recevoir des traitements pour d’autres maladies sans qu’aucune solution lui soit proposée, entraînant ainsi une détérioration de sa santé. Quant aux personnes hébergées dans le réseau public des soins de longue durée, elles ne bénéficient pour la plupart d’aucun suivi en matière d’hygiène et de soins buccodentaires. Dans tous les cas, le manque d’engagement des décideurs entraîne des coûts énormes pour la société, notamment en frais de soins médicaux subséquents à une mauvaise condition buccale. 

Pourtant, des solutions existent et vont bien au-delà de la question des coûts. Malheureusement, l’engagement du gouvernement en matière de santé buccodentaire se fait toujours attendre.

Citons en exemple la fluoration des eaux de consommation dont les autres provinces et nos voisins du sud bénéficient grâce à la vision de leurs élus (76 % en Ontario, 75 % en Alberta, 72 % aux États-Unis). Le Québec est toujours l’enfant pauvre de ce type de mesures préventives, puisque moins de 3 % des Québécois ont accès à de l’eau fluorée, et ce, même si la fluoration est reconnue comme une des dix plus importantes mesures de santé publique du siècle dernier et une des mesures les plus efficaces pour prévenir la carie.

Un autre exemple est la couverture des soins pour certaines clientèles particulières. Pensons d’abord aux patients en attente de traitements vitaux en oncologie, en cardiologie ou en pneumologie et qui, à cause de leur mauvaise santé buccodentaire, ne peuvent recevoir les soins qui pourraient leur sauver la vie. 
 
Pensons également aux enfants. Actuellement, seuls les enfants âgés de moins de 10 ans sont couverts par le régime public. Or, même chez ces derniers, aucun acte préventif n’est couvert, alors que c’est à cet âge que peuvent survenir les problèmes de carie les plus importants et que les dommages causés sont les plus sérieux. Alors que les soins dentaires étaient autrefois couverts jusqu’à 16 ans, le gouvernement s’est, depuis une vingtaine d’années, progressivement déresponsabilisé. 

L’Ordre des dentistes est prêt à participer à l’effort requis pour améliorer la santé dentaire de la population et, de ce fait, réduire les dépenses des ménages consacrées aux soins dentaires. Il faut cependant que nos dirigeants soient animés de la même conviction.

Les professionnels en santé buccodentaire débattent de l’élargissement de leurs champs de pratique depuis presque 20 ans. Il est aujourd’hui temps que le législateur statue et qu’il s’engage à traiter la santé buccodentaire de la même façon que la santé générale, et que tous les professionnels du milieu se concentrent sur cette mission. C’est l’appel que nous lançons aujourd’hui et qui, nous l’espérons, sera entendu par les élus.

Le président,
Barry Dolman, DMD

Le dentiste, le docteur qui veille sur votre bouche
 
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